Lautresite, le jour, les billets du mois de septembre 2008
   


 
 

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En ce jour du lundi 22 septembre 2008, A force d'avoir aiguisé notre regard sur le baril de pétrole, les cours de la bourse ou le congrès du NVA, on avait totalement mésestimé le vol de l'abeille.
Dans « Le Monde » de ce week-end, il y avait en première page, deux articles côte à côte. L'un disait : «Plan de sauvetage géant pour les banques » sur trois colonnes, l'autre, juste à côté, sur une colonne : «Abeilles plus rares, fruits et légumes plus chers ». A votre avis, Serge, laquelle de ces deux informations tient notre avenir dans le creux de sa main ?
En lisant ces titres, je me disais que nous n'avions pas notre pareil, nous autres du genre humain, pour travestir toute question métaphysique en intérêt économique. Que les abeilles disparaissent, soit, mais qu'elles rendent nos légumes plus chers… Voilà l'insupportable : que ces hyménoptères aussi se mêlent de notre pouvoir d'achat. S'il y a bien, pourtant, quelque chose qui interroge le fondement même de notre état d'hommes, c'est bien cela : que des insectes arrêtent de féconder le monde. Comme s'ils désertaient l'avenir. Comme s'ils nous laissaient seuls. Comme s'ils se désistaient. A tel point qu'on se demande s'il n'y a pas une notion nouvelle qui est en train d'apparaître en ce monde, celle de la désistance, un néologisme que je vous offre, et j'y reviendrai parce que, c'est bien vrai que de plus en plus de gens se désistent à défaut qu'ils résistent. (...)