Lautresite, le jour, les billets du mois de septembre 2008
   


 
 

Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Orwell n’était pas un rigolo. Cherchez le janséniste, vous le trouverez. Et cet homme, d’un bout à l’autre de sa vie et de ses engagements qu’aujourd’hui encore on s’accorde à disséquer, — était-il de gauche ou de droite et fût-il possible, bon sang, d’être les deux à la fois — cet homme triste, donc, est sans doute le personnage le plus réjouissant que nous puissions connaître aujourd’hui.
Je veux dire : quelqu’un qui nous donne confiance dans le doute, exactement ce dont nous avons besoin à cette heure.
Deux livres paraissent ces temps-ci qui célèbrent ce qu’Orwell appelait « the common sense » » que les auteurs traduisent par « décence » et que je pourrais aussi bien nommer « bon sens ». On parle ici de la noblesse des gens de peu, des gens du commun, les gens de moins que rien même, qu’Orwell tenait pour les garants de la morale sociale.
Il trouvait, boulot pour boulot, plus de grandeur à un mendiant qu’à un banquier. Il adorait ce qu’il appelait « l’honnêteté ordinaire ». Il tenait en amitié les gens sans pouvoir parce qu’ils savent faire tenir, pensait-il, la société debout. Il appelait cela de la « décence », un mot que nous avons désappris. On veut dire : que nous avons mal appris.
C’est beau d’aimer les gens comme le faisait Orwell. Ce n’est pas simplement beau, c’est aussi inspirant : on respire comme dans un bois en automne. Si je peux vous donner un conseil, ouvrez Orwell ce week-end, c’est tout autre chose que les cours de la bourse, ça se lit bien mieux et c’est plus durable. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.

Les deux livres qui viennent de paraître sont : « De la décence ordinaire » de Bruce Bégout, éditions Allia et « Orwell, anarchiste tory » de Jean-Claude Michéa, éditions Climats. Et, pour Orwell même en ce mois de septembre, on dira : « Dans la dèche de Londres à Paris » et « Le quai de Wigan », éditions 10/18.