Lautresite, le jour, les billets du mois de septembre 2008
   


 
 

Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Les chiffres des victimes avaient explosé le samedi, revus à la baisse le dimanche. On y allait par dix. 60 le vendredi, 600 le samedi, 150 le dimanche. Il se demandait quel type de réalité cela pouvait bien recouvrir. Personne n’a plus accès à nulle part, mais on connaît le nombre des victimes. Pendant une tempête, seuls les chiffres rassurent. Tel degré sur l’échelle cyclonique, telle vitesse des vents, telle quantité de pluie, tel bilan humain.
Mais enfin, il avait entendu les appels à la solidarité et comment la Croix-Rouge et l’ONU pensaient s’y prendre, mais il ne savait plus très bien, à vrai dire, comment allait l’aide internationale dans le monde : ça faisait un bon moment qu’il n’avait plus eu de nouvelles de la Birmanie. Après tout, c’était toujours une affaire de clou. Le clou qui chasse l’autre.
Quelques jours auparavant, en effet, il avait pris connaissance d’un rapport des Nations unies, comme quoi les pays les plus riches manquent à leurs engagements d’aide internationale. Et il avait lu un chiffre selon lequel, sur les 22 milliards de dollars promis aux pays pauvres au G8 de Gleneagles, il y a 3 ans, seuls 3 avaient été versés.
Alors, il se sentait obligé de prévenir les Haïtiens qu’il ne fallait pas trop compter sur le long terme. Qu’après l’urgence et l’émotion, ce serait comme d’habitude. Qu’il n’y aurait pas d’effet papillon. Qu’un discours au G8 trois ans plus tôt ne provoquait pas un déluge de moyens trois ans plus tard.
Et il se demandait quel pouvait bien être le nom de l’insecte qui produisait des effets d’annonce. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.