Les chiffres des victimes avaient explosé le samedi, revus
à la baisse le dimanche. On y allait par dix. 60 le vendredi,
600 le samedi, 150 le dimanche. Il se demandait quel type de réalité
cela pouvait bien recouvrir. Personne n’a plus accès
à nulle part, mais on connaît le nombre des victimes.
Pendant une tempête, seuls les chiffres rassurent. Tel degré
sur l’échelle cyclonique, telle vitesse des vents, telle
quantité de pluie, tel bilan humain.
Mais enfin, il avait entendu les appels à la solidarité
et comment la Croix-Rouge et l’ONU pensaient s’y prendre,
mais il ne savait plus très bien, à vrai dire, comment
allait l’aide internationale dans le monde : ça faisait
un bon moment qu’il n’avait plus eu de nouvelles de la
Birmanie. Après tout, c’était toujours une affaire
de clou. Le clou qui chasse l’autre.
Quelques jours auparavant, en effet, il avait pris connaissance d’un
rapport des Nations unies, comme quoi les pays les plus riches manquent
à leurs engagements d’aide internationale. Et il avait
lu un chiffre selon lequel, sur les 22 milliards de dollars promis
aux pays pauvres au G8 de Gleneagles, il y a 3 ans, seuls 3 avaient
été versés.
Alors, il se sentait obligé de prévenir les Haïtiens
qu’il ne fallait pas trop compter sur le long terme. Qu’après
l’urgence et l’émotion, ce serait comme d’habitude.
Qu’il n’y aurait pas d’effet papillon. Qu’un
discours au G8 trois ans plus tôt ne provoquait pas un déluge
de moyens trois ans plus tard.
Et il se demandait quel pouvait bien être le nom de l’insecte
qui produisait des effets d’annonce. Allez, belle journée
et puis aussi bonne chance.