Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Car voilà, il m’a fallu à moi aussi relire trois fois ces phrases pour entendre ce qui voulait se dire et j’avais déjà pris mon café. Et donc, il ne me semble pas inadéquat de le lire une deuxième fois : « Le Tordoir, c’est un rien de rien, tordu et plus secret qu’une belette. Son nom, c’est un appel de braconnier, un mot volé au plus futé des jeux de cache-cache, quand le jour est tout vif ». On attendra impatiemment la suite.
A tordoir, mon dictionnaire a noté : « Bâton qui sert à tordre et à serrer une corde (p.e pour assujettir une charge sur une voiture), ce qui je dois bien l’avouer, n’enlève rien à mon saisissement et n’ajoute rien à mon entendement. Ce tordoir, c’est assez répugnatoire, si vous voulez savoir…
Ah ça, mes bons maîtres, c’est savoir mettre à distance une langue ! C’est imaginer que les mots sont d’abord des étrangers, des choses qui ne vous veulent pas du bien, des objets piégés qui peuvent vous exploser dans les mains à tout instant. Tout cela est vrai bien sûr et cette prose que je viens de vous lire fleure bon l’écrivain qui sait écrire — c’est magnifique, en fait —, mais faut-il d’abord en convaincre les tout petits quand nous-mêmes sommes bien en peine de nous mettre d’accord sur les mots et en avons depuis longtemps avachi le sens et déculturé l’usage ?
Qu’est-ce qu’ils nous ont fait, nos enfants ? Hier, dès la crèche, on voulait les scanner pour éviter qu’ils deviennent délinquants. Et aujourd’hui, en fin d’école primaire, voilà qu’on voudrait qu’ils deviennent exégètes. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.