Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Pour le reste, il est né chez lui et mort de même et n’a jamais écrit que par souci de témoigner. Son ami Primo Levi le tenait pour un écrivain majeur, Claudio Magris le considère toujours comme un maître.
Rigoni Stern possédait une des écritures les plus calmes que je connaisse, une écriture pleine de terre, pétrie de mémoire : on ne connaît pas de livres qui vous donnent moins envie de violence que les siens. Il pouvait écrire, presque de la même façon, sur les arbres comme sur la guerre et, de fait, il parlait de la guerre comme un arbre parle de l’orage. Mais plus que tout, Rigoni Stern était un homme de frontière. Il savait très bien qu’une frontière n’est pas faite pour séparer, pas même pour être traversée, mais simplement pour être habitée. Il ne devait pas bien comprendre, Mario Rigoni Stern, à regarder les gesticulations de la Ligue du Nord, ses voisins, pourquoi ces gens s’entêtaient à vouloir s’enfermer entre eux quand les frontières ne sont là que pour ouvrir au monde.
Hier, tandis que l’on apprenait la mort de l’écrivain, on s’en allait aussi voter à Strasbourg la fameuse « directive retour » sur l’immigration. Les frontières fermées ont comme clôturé le parcours de ce contrebandier de la littérature. Les députés européens de la Ligue du Nord ont évidemment approuvé cette directive. Ils sont 30% d’électeurs , en Vénétie, à faire confiance à la Ligue du Nord et à sa Padanie. Espérons que les 70% restants soient seulement des lecteurs. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.

La plupart des ouvrages de Mario Rigoni Stern ont paru en poche dans la collection 10/18. D’autres, les plus rares, par les éditions « La Fosse aux ours ».