Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Car tout de même, désenclaver par des chemins forestiers la capitale d’un pays qui possède la plus importante densité autoroutière au km carré en Europe et qui est le deuxième Etat européen le plus asphalté, c’était faire preuve d’un intérêt inédit et fort encourageant, ma foi, pour les théories de la décroissance. Et puis quelqu’un a dit : « Les gens bornés, il faut toujours qu’ils mettent des bornes ».
Car c’était une idée honorable, c’est vrai, qu’une communauté linguistique sans continuité territoriale. Cette proposition qu’une communauté culturelle n’égalait pas son territoire, cela faisait rêver des peuples entiers. Du monde entier on venait voir notre enclave et dans le monde entier, on l’exposait. Un couloir vient briser tout cela, qui rend homogène ce qui était divers et s’en va borner une frontière — « L’appellera-t-on la frontière verte ? » a demandé quelqu’un au fond du café — au milieu des écureuils et des champignons.
Ah, a dit un type au bar, « La poésie perdra toujours devant la politique. Il y a des hommes politiques. Il n’y a pas d’hommes poétiques, c’est ça le problème ». Il avait bien raison le type au bar, mais il avait bien tort aussi. Il y a des hommes politiques poétiques. Il y a quelques jours, pour exemple, dans une métaphore très côtière, Eric Van Rompuy comparait la Belgique à un cuistax sans chaîne. La question que l’on se pose, nous au bistrot du coin, c’est de savoir si ça peut traverser des sous-bois, un cuistax sans chaîne. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.