Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".

Et l’on reste interdit en réalisant comme les journaux ruraux de 1870, le progrès des Ardennes tout de même, acceptaient cela : de la langue moderne. Quand — à nous qui sommes des prosateurs postmodernes—, on nous enseigne pour se bien faire comprendre d’un lectorat qui a son certificat d’études d’y aller dans l’ordre et la cadence et de poser le sujet devant le verbe et le verbe devant le complément. Je dis cela parce qu’on est déjà à la fin du mois de mai et qu’on a eu beau commémorer beaucoup Mai 68 et ausculter ses murs et ses slogans, on n’a pas encore vu ce « dérèglement de tous les sens » dont parlait Arthur Rimbaud.
Sauf évidemment, si ce dérèglement vient par là où l’on ne l’attendait pas. L’actualité, on l’apprend tous les jours, a une très mauvaise syntaxe. Par exemple, elle peut profiter d’un ouragan à la Nouvelle-Orléans pour enfin raser les quartiers pauvres et y construire des hôtels. Elle peut le faire en Thaïlande aussi, après un tsunami. Une actualité bien organisée aurait commencé par aider les quartiers pauvres et à solidifier les maisons au cas où des intempéries se produiraient. Mais non, on pose en ce monde les compléments avant les verbes, les sujets quant à eux restent souvent superflus. Regardez par exemple la Birmanie : on a d’abord voté deux fois avant d’ouvrir les frontières aux secours humanitaires. Car certainement notre bateau est ivre, mais on ne charge plus les poètes, hélas, de lui mesurer son taux d’alcoolémie. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.