En ce jour du mardi 27 mai 2008, Ecoutez cette écriture.
« C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silences et
de rêves, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite
; de son immense pipe s’échappe un filet bleu. Bismarck
médite. Son petit index crochu chemine sur le vélin,
du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de
l’ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour
de Strasbourg : il passe outre ».
C’est du Rimbaud, du Rimbaud de 16 ans. Et qu’est-ce qu’on
est sérieux lorsque l’on a 16 ans, n’est-ce pas
? Ça vous a des airs de va-t-en-guerre, c’est assez patriotique.
Et de fait, nous sommes en guerre, les Allemands ont déjà
passé Sedan et Paris vivra bientôt sa Commune. Et donc
Rimbaud écrit cela : « Le rêve de Bismarck »,
c’est en même temps assez ironique. Devant quoi, l’on
s’interroge. Est-ce un poème, ces lignes à la
ponctuation magnifique ou serait-ce alors plus simplement un article
de presse ?
Ce petit texte, dont je vous ai lu ici un extrait, a été
retrouvé il y a peu dans un vieux numéro du «
Progrès des Ardennes » du 25 novembre 1870 : ce n’est
sans doute pas du Rimbaud voyou qu’il est pourtant déjà,
ce n’est peut-être pas cet Artaud Rimbur dont parle Jean-Pierre
Verheggen, et c’est d’ailleurs du Jean Baudry, son pseudonyme
de l’époque. Mais incontestablement, c’est de l’écriture.
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