Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Et j’aurais pu m’interroger sur le fait que comme toujours, les caméras rendent la misère propre, qu’il n’est pas d’images sales mais seulement d’insupportables et me demander alors s’il ne faudrait pas non plus que les téléviseurs aient aussi l’odeur, peut-être qu’alors on verrait mieux. Car on se demande, c’est vrai, devant ces brasiers allumés et ces braises répandues si nos yeux ne se désaccoutumeraient pas si nous avions aussi à respirer le malheur.
Et puis, j’aurais pu constater que, malheureusement, nous commençons à comprendre que ce que nous avons déjà vu, nous sommes condamnés à le revoir et que ce que nous entendrons, nous l’aurons déjà entendu. La colère, par exemple, la haine et puis la chasse à l’homme, l’appel à la mort : comment ne pas se dire que ce n’est pas une question d’échelle mais seulement de degré entre ce que nous avons vu à Ponticelli, banlieue de Naples, où les habitants ont brûlé les campements des Roms et le township d’Alexandra, banlieue de Johannesburg, ou les Zoulous mettent le feu aux Zimbabwéens ?
J’aurais pu vous dire tout cela. Mais en vérité, je trouve qu’il y a décidément trop de gens qui se baladent avec des cocktails Molotov, ces temps-ci. Et j’aurais bien voulu faire une pause.
J’aurais préféré faire ce que disait Cocteau lorsqu’on lui demandait ce qu’il emporterait dans une maison en feu. Il avait répondu : le feu. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.