Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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L’on fit quelques pas dans cette salle. L’on regarda de loin ces machines éventrées. Vous n’avez pas idée de ce que peut faire un coup de marteau sur un écran — et certainement pas sur quatorze. Ce n’est pas seulement une brisure, une fissure, c’est plus profond que cela, car lorsque l’écran s’effondre sur lui-même, implose et offre au regard sa béance, on a l’impression d’une ruine ancienne, on dirait le théâtre d’un sacrifice, on penserait un autel rituel, on dirait qu’il s’est passé là quelque chose de l’ordre d’une immolation. On regarde et on voit des restes.
On avait eu la même impression en pénétrant voilà quelques années dans la bibliothèque de Sarajevo que des obus tirés des collines avaient voulu supplicier. On marchait sur des feuilles éparses. Y poser le pied était déjà un sacrilège. Il y avait par terre la légende des siècles. « Chaque livre détruit est un passeport pour l’enfer » a dit plus tard une poétesse bosniaque. Une haine anti-culturelle s’était déclenchée là. Le savoir et la mémoire étaient l’ennemi. On disait à l’époque que c’était les gens des campagnes qui venaient ainsi laver leur détestation de la ville.
Mais là, voyez-vous, Havelange n’est pas seulement condrusienne, elle est aussi campagnarde. On dirait qu’il y a des gens qui ne supportent pas non plus que la culture côtoie l’agriculture. Mais, me direz-vous, il n’y a presque plus d’agriculture dans la ruralité. J’y pensais en suivant le tracteur qui roulait à du 20 à l’heure sur la route qui me ramenait chez moi. Lui aussi, on aurait dit une relique. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.