Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Doris Lessing, dernier prix Nobel de littérature, disait à peu près cela récemment. Elle qui pestait contre les conséquences de cette récompense, toutes ces interviews à donner, toutes ces photos à faire, elle qui nomme désormais ce prix un « bloody disaster », une foutue catastrophe pour dire le moins, et qui ajoute : «J'ai arrêté, je n'ai plus la force », lorsqu’on lui demande ce qu’elle écrit actuellement et qui encourage les écrivains plus jeunes « à utiliser leur énergie au maximum tant qu'il leur en reste encore ».
Elle a 88 ans, Doris Lessing, Justine Hénin en a 25, mais on est attentifs à ce dialogue intergénérationnel entre des femmes qui ne se connaissent sans doute pas. Elles parlent toutes les deux de leurs mains. La main qui écrit, la main qui frappe la balle, ce sont les mêmes mains. Ces mains, évidemment, nous parlent du travail. Et là, voyez-vous, pour autant que ça vous étonne, on va chercher Rimbaud : « Main à la charrue vaut main à la plume. Quel siècle à main ! Je n’aurai jamais ma main ». Et peut-être que Justine Hénin pensait que finalement main au service valait main à la servitude, mais enfin il y a un moment — par volonté, par dépit ou simplement parce que c’est juste impossible — il y a un moment où nous sommes nombreux à ne plus avoir la main. Ou à ne plus vouloir l’avoir.
Et Justine Hénin est venue nous rappeler cela qu’on n’était pas seulement licencié d’un travail, mais qu’un travail ça se quittait aussi. C’est un luxe, dira-t-on, quand on suit le chômage et ses courbes. Mais cette histoire postmoderne à laquelle nous avons assisté hier était comme une nouvelle nouveauté. Pour ainsi dire, elle avait le goût d’une liberté perdue. Ou retrouvée. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.