En ce jour du mardi 6 mai 2008, O tempora,
o mores. En 1826, Johan Wolgang von Goethe fit exhumer d’un
ossuaire les restes de Johan Friedrich Schiller, poète comme
lui, allemand comme lui, mais plus libertaire que lui, mort 21 ans
auparavant. Il était sûr et certain, Goethe, que ce crâne-là,
le plus imposant de tous, était celui de son vieil ami. Pendant
six ans — Goethe est décédé en 1832—,
le poète dialogua avec cette tête de mort posée
sur son bureau. Ses « Méditations devant le crâne
de Schiller » sont restées célèbres. Las,
des chercheurs allemands viennent de révéler que leurs
tests ADN avaient prouvé qu’il n’existait entre
ce crâne et les descendants du poète Schiller aucune
sorte de familiarité qui soit. Goethe l’avait reconnu
au jugé. Il s’était trompé. Un test d’ADN
toujours abolira le hasard.
Vous me direz : on aurait pu le laisser tranquille, ce crâne
déterré depuis 182 ans. Il n’y avait pas, que
l’on sache, d’urgence historique à se pencher sur
des restes humains, sans doute, mais surtout sur une mémoire
littéraire. Et nous, cela nous fait encore une belle histoire
qui s’en va. Car voilà : un peu partout, l’on apprend
aujourd’hui à désapprendre. Encore un peu de temps
et les chercheurs allemands nous diront à qui il appartenait,
ce crâne. Ça ne nous apportera rien. Sauf à nous
demander à quelles autres révisions déchirantes
nous devons encore nous attendre… (...)