Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2008
   


 
 
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Et vous vous direz peut-être comme moi qu’il est curieux de constater comment les peuples sont les mieux représentés par les moins nationalement corrects d’entre eux.
Et puis, la mort d’Hugo Claus aura été aussi l’occasion de la dernière intervention de Guy Verhofstadt en tant que Premier ministre. Ce n’est pas un hommage qu’il a écrit, ce ne sont pas trois lignes de circonstance, c’est une lettre à un ami parti, c’est une lettre écrite, presque l’accusé de réception d’un héritage. Et l’on se surprend, après tant de semaines et de mois à estimer la taille de nos petitesses, à revendiquer cette hauteur de vue-là comme le promontoire duquel nous voudrions voir tourner le monde et dans le monde, ce pays de bonne humeur, le nôtre, celui qui ne sait jamais quoi faire de ses francs-tireurs, de ses poètes, de ses rebelles —les compenser ou les récompenser—, mais qui leur permet de mourir en société, revenus dans le giron de nous autres, et créant des lois pour que, si nous le voulons, même séparés nous n’ayons plus à partir seuls.
On ne peut pas ne pas penser à cet instant, à Chantal Sébire, cette dame française au visage expansé et terrible, bouleversant et pourtant aimable, nous l’avons tous vue et tous, nous avons tenté de la regarder. Elle ne voulait pas non plus partir seule. La République, dans ces cas-là, répond que l’Etat ce n’est pas d’être ensemble et que la mort est une affaire privée. Qu’est-ce que l’on mesure en disant cela ? On mesure la condition humaine. On mesure ce qu’il y a d’universel dans nos intimités. La littérature sait dire cela. Les Etats ont plus de mal. Certains pays sont heureusement plus littéraires que d’autres. Allez bonne journée et puis aussi bonne chance.