Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Un migrant dirait-on aujourd’hui, fuyant la misère d’Emilie Romagne, débarquant seul à Paris à 9 ans, vivant d’expédients, se trouvant même un moment sdf comme l’on dirait toujours aujourd’hui, s’engageant en 14 à 16 ans et renvoyé un an plus tard en Italie entre deux gendarmes français, une fois son pays d’origine entré en guerre à son tour. Mais cet Italien veut devenir français. Il le sera. En 1939…
Et puis alors, l’histoire de cet immigré, de ce refoulé, devient un fable moderne, une chose édifiante. Il fondera une entreprise avec ses frères, une petite affaire familiale de chaudronnerie, elle existe toujours aujourd’hui, c’est désormais une entreprise internationale, elle compte 3800 salariés et son chiffre d’affaires est de 480 millions d'euros, de sorte que l’histoire de Lazare Ponticelli pourrait aussi être racontée dans le billet économique de 7h30. Voilà donc qui était cet homme qui s’est battu, littéralement pour devenir Français.
Revenons à mon premier, Adam. Car mon premier est aussi un dernier. Il sera probablement comme le signale « le Monde » d’hier, le dernier Tchétchène à obtenir l’asile en France. Depuis le 1er février dernier, nous informe le journal, « l’obligation d'un visa de transit aéroportuaire interdit à l'immense majorité des Tchétchènes candidats à l'exil de quitter la Russie ». Et Adam, lui-même ne dut son salut, à son arrivée à Roissy, qu’à des circonstances extravagantes et à beaucoup de chance. Les Tchétchènes qui arrivent en France obtiennent désormais très vite un retour simple pour Moscou. Adam a 28 ans.
En 2090, il aura 110 ans, comme Lazare. On voudrait être là pour conter son histoire. On ne sait jamais. Car on a bien compris que les derniers pouvaient aussi devenir les premiers. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.