Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".



Ajoutant perfidement que ce sont généralement les compagnies d'assurances qui leur donnent des noms, — et ça, nous, on sait que ce n’est pas vrai — cet homme du temps entend réduire les éléments à de pures conjonctures, à de simples occurrences : voilà : c’était une tempête et c’était au début du mois de mars et c’était en 2008.
Alors que nous, nous avons besoin de proximité avec les événements pour bien les comprendre, nous avons envie qu’on nous raconte des histoires et, allez savoir pourquoi, nous chérirons toujours plus l’histoire de la petite tempête Lara que celle « de la tempête du début mars 2008 ».
Car voilà comme nous sommes et ça fait quelques années que ça dure, il faut pour nous rendre attentifs aux choses du monde, que l’on nous susurre des histoires. Elles n’ont pas besoin d’être belles, seulement d’être longues. Toute l’information tourne désormais autour de cela, autour de feuilletons qui s’écrivent jour après jour, qui sont chapitrés comme des livres, avec des rebondissements et des effets de scénario. C’est parfois aussi touffu qu’un roman russe, il y a souvent autant de personnages que dans un récit victorien. A quel volume en est-on exactement dans le feuilleton de notre crise belge, par exemple, plus personne ne le sait. Mais le livre continue à s’écrire et nous à en parler. C’est comme cela que nous définissons désormais notre rapport à la politique et au monde : par des histoires.
C’est pourquoi l’écrivain Christian Salmon a pu dire récemment qu’en mai dernier, les Français n’avaient pas élu un président de la République mais un sujet de conversation.
C’est ce qu’on appelle le « storytelling » et c’est pour ça aussi que les tempêtes portent des petits noms. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.