Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2008
   


 
 
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Des lettres, disons osées, en tout cas explicites, échangées par les attachés militaires allemand et italien en poste à Paris et avec lesquels Dreyfus était accusé de collaborer.
Et les historiens se sont demandé pourquoi dans un dossier pareil et pas si fourni que cela, d'ailleurs -quelques pièces tout au plus, dont beaucoup de faux -, figurait de la correspondance, authentique celle-là, qui ne concernait en rien l'accusé. Sauf à se rappeler qu'à l'époque, dans cet esprit de fin de 19è, les juifs étaient, à l'égal des homosexuels, soupçonnés d'avoir une sexualité déviante. Et que mêler ces deux sujets de fantasmes était constituer un cocktail explosif auquel des juges militaires et un Conseil de guerre ne pourraient pas résister.
Les auteurs qui ont publié leur thèse dans la Revue d'Histoire moderne et contemporaine se disent convaincus que l'unique fonction de ces lettres était de « susciter la révulsion des juges à l'égard du réseau d'espionnage auquel Dreyfus était accusé de participer » et à finir par « arracher sa condamnation ». Et c'est bien ce qui s'est passé.
On peut se demander pourquoi il a fallu plus d'un siècle pour que cette machination perverse soit mise au jour. Ces archives sont pourtant bien connues. Et ont été lues et relues. Personne n'y avait vu ça. On se dit pourtant que ce refus total de l'altérité a pourtant marqué le siècle qui a suivi. Et qu'il était possible alors de lire dans ces archives une métaphore à venir.
Et alors, on pense deux choses. D'abord qu'il est heureux que les faits soient têtus. Et ensuite que décidément, notre passé fait toujours partie de notre futur. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.