Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2008
   


 
 
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le questionnaire de Milton Glaser
L’Ecole des Arts visuels de New-York où officie Glaser a été créée au sortir de la dernière guerre pour transmettre des valeurs morales aux jeunes gens dans un monde d’après la Shoah et aujourd’hui encore la première question que le directeur pose rituellement à ses étudiants lors de leur accueil est la suivante : « Combien d’entre vous sont inscrits sur les listes électorales ? ».
La laideur se vend mal disait un autre designer, Raymond Loewy. C’est bien vrai, mais Milton Glaser va plus loin encore lui qui enseigne que l’esthétique ne serait pas complètement belle si elle n’était aussi éthique.
Et donc, il a créé un questionnaire qu’il soumet à ses étudiants pour évaluer comment ils évoluent entre l’art et l’argent. Il y a 11 questions et 19 étudiants. Exemple : « Accepteriez-vous de concevoir un emballage pour un produit alimentaire destiné aux enfants qui aurait une faible valeur nutritionnelle et un taux élevé en sucre », il y a 14 oui sur 19 tandis que pour: « Accepteriez-vous de concevoir une ligne de t-shirts pour un fabricant qui emploierait des enfants ? », il y a un seul oui. Mais quand un étudiant dit « enfin, si c’est Nike ? » ils sont cinq à être d’accord.
Et ainsi de suite. A savoir s’ils accepteraient de travailler pour une entreprise pratiquant une politique discriminatoire pour les minorités, c’est un non collectif. Mais s’il s’agit de promouvoir un produit amaigrissant ne fonctionnant pas, ils sont 11 à être partants.
C’est pure merveille que ce questionnaire de Milton Glaser car c’est un peu l’examen de l’honnête homme postmoderne et contemporain. On voit ainsi comment se produisent les glissements progressifs de la morale. Au coucher, je vous jure, ça vaut tous les benedicite. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.