Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Et donc, hier, j’ai reçu quelques lignes d’une auditrice, frappée, choquée, par cette affaire du jeune Hassane Bayero, dit Omar, ce Nigérian demandeur d’asile et qui s’est jeté sous un train, la semaine dernière en gare de Namur, une fois sa demande rejetée. Cette auditrice qui est allée à son enterrement, avant-hier, se demande pourquoi on dépense de l’argent à rapatrier des corps vivants et qu’on n’en a pas lorsqu’il s’agit de rapatrier des corps morts. Ce n’est pas rien, je trouve, comme question. Elle m’a envoyé ceci.
« La Belgique n’a pas voulu de toi, Omar, mais en t’y enterrant ce mardi à Namur, tu t’y es intégré. Quelle absurdité pour un demandeur d’asile de devoir devenir sans espoir et sans vie … pour s’intégrer. Vivant, tu pouvais faire l’objet de toutes les assistances pour t’aider, voire te contraindre à rentrer. Dans ces cas-là, les moyens suivent… Mais décédé, tu n’es plus l’enjeu d’une politique de frontières et ton rapatriement vers le Niger, les autorités n’en ont eu que faire ! »
De sorte que je comprends mieux pourquoi j’ai parlé hier de cette affaire des patrons français. Parce que j’avais écouté aussi Emmanuel Todd, la semaine dernière, chez Eddy Caekelberghs.
Todd est un analyste prédictif : le seul, tout de même, qui avait prévu la chute de l’empire soviétique… Et à qui Jacques Chirac s’honorait d’avoir emprunté à l’époque la fameuse formule de « la fracture sociale » qui ne lui appartenait d’ailleurs pas. Dans cet entretien, il disait que ce qui fait avancer le monde, c’est le développement des mentalités et les changements culturels. Et que l’illusion était de croire que c’était « le tout à l’économie ». Il ajoutait que ceux qui prônent le primat de l’économie étaient, je cite, les dignes héritiers du marxisme. Voici une proposition singulière, qui vaudrait bien un colloque. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.