Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Cette valise échouera à un attaché d’ambassade mexicain et traversera l’océan pour finir chez le général Gonzales, ancien de l’armée de Pancho Villa, qui la gardera jusqu’à sa mort et que ses héritiers finiront par découvrir. Ça en dit beaucoup sur comment il faut beaucoup d’eau pour fabriquer un peu de mémoire.
3500 négatifs, donc, que l’on dépouille actuellement et l’on nous dit qu’on n’y retrouvera pas celui de la photo la plus emblématique de Robert Capa. Vous savez bien, ce milicien anarchiste, cueilli au moment de sa mort sur le front d’Andalousie, et si l’on connaît une seule chose de la Guerre d’Espagne, c’est cette image là.
Et il y a, à propos de cette photo, deux questions qui ne seront sans doute jamais résolues, à moins là aussi que notre futur ne vienne s’encombrer de notre passé : si cette photo est une mise en scène et si elle a été prise par Capa lui-même ou par sa compagne, Gerda Taro, elle aussi photographe, avec qui il partageait ses appareils et qui est morte en Espagne, écrasée par un char. Mais on s’en moque un peu, à vrai dire, car cette image, si elle a jamais été trafiquée ou empruntée, n’a en tout cas jamais menti.
A Paris pour l’instant, on expose toutes sortes d’objets réalisés par des juifs ou indésirables internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, France, en 1941. Ces petites choses-là, des sculptures, des porte-plumes, des poudriers, des coffrets, fabriqués par des papas pour leurs enfants avant que de partir pour Auschwitz reviennent en même temps que les photos de Robert Capa pour nous dire que nous n’en aurons décidément jamais fini de porter les valises du 20ème siècle. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.