Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Le reste est à l’avenant, bien sûr : il n’y a pas de conditions de travail ou plutôt, la condition du travail est qu’il n’y en ait pas. Et donc, ouvriers exploités, livrés à des vendeurs de sommeil, malmenés par la police, rejetés par la population, lynchés à l’occasion, confinés dans des chabolas, toujours des bâches de plastique, des sortes de serres à dormir et sous lesquelles ne pousse aucune sorte de révolte.
Car ces gens-là sont, pour une partie, ceux qui ont survécu à la traversée de la Méditerranée depuis l’Afrique sur leurs embarcations cassées, ceux qui se sont échoués sur les plages pour finir sous des bâches. Et qui ne savent même pas qu’ils portent un nom que personne n’emploie plus, un mot banni de nos vocabulaires et qui dit pourtant les temps que nous vivons : ah, lumpen prolétariat, voilà bien quelque chose qui va mal en bouche, ce qu’ils sont sales, tout de même, les mots du social… On dirait que ces derniers jours, décidément, se chargent de nous donner des leçons d’économie en accéléré.
Et si vous voulez un exemple supplémentaire, voilà que le ministre du Travail du Bahrein s’inquiète du grand nombre d’ouvriers immigrés dans les monarchies du Golfe que les organisations internationales assimilent à des esclaves. 17 millions, des Asiatiques pour la plupart. Ce ministre tire la sonnette d’alarme. Il dit qu’ils seront 30 millions dans dix ans. "La région du Golfe est confrontée à un danger plus grave que la bombe nucléaire, voire qu'une attaque israélienne », dit-il. Il veut qu’on limite leur présence et la durée de leur présence. Pour qu’un Indien ne devienne pas un jour ministre, a-t-il ajouté.
Ainsi, l’on voit que, lumpen ou esclaves, le monde progresse et que rien n’enraie sa marche en avant. Pensez, 48 heures après avoir été cueillie par un sans droit, votre tomate vous arrive avec la TVA. Au point qu’on se demande à quoi peuvent bien nous servir nos sans papiers, eux qui font la grève de la faim… Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.