Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Ce qui se traduit malaisément en français, ce qui a fait l'objet d'une polémique, mais enfin ce « I would prefer not to », on pourrait l'entendre comme « J'aimerais mieux pas » ou « je préférerais m'abstenir » ou encore « je préférerais ne pas » qui, je l'avoue, a, si j'ose, ma préférence.
Et soit dit en passant, Herman Melville est un type qui a toujours eu des difficultés avec ses traducteurs français. Il y a ce « I would prefer no to » bien sûr, mais il y a aussi Moby Dick dont on s'est aperçu récemment que cette baleine blanche était en fait un cachalot, nous sommes dans un temps où les mythes se fracassent, que voulez-vous…
Et donc, Bartleby ne refuse ni ne récuse jamais rien, il ne s'oppose jamais, il dit simplement qu'il préférerait ne pas. En face de lui, son patron, le narrateur, qui veut se faire passer auprès du lecteur pour un type banal : un bon gars qui dirait que quand on fait ce qu'on peut on fait ce qu'on doit… Enfin, vous voyez, cette nouvelle est un affrontement moral, on peut dire politique, entre ceux qui préféreraient ne pas et ceux qui « si c'est pas eux qui le font, eh ben ce sera un autre et donc pourquoi pas eux ». Et je me suis demandé ce qu'aurait fait Bartleby, un siècle et demi plus tard, toujours à Wall Street mais ayant troqué les écirtures pour des chiffres et des cotes : Bartleby trader, arbitragiste ou contrepartiste en Bourse, je vous laisse imaginer…
En tout cas je suis sûr qu'il y a des gens, à la Société générale, en France, qui auraient préféré que le trader qui a englouti 4 milliards 900 millions d'euros dans des opérations spéculatives, disons inventives, ait préfèré ne pas. Allez bonne journée et puis aussi bonne chance.