Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Il faut d’abord que je vous dise : otage et hôte sont de vieux cousins. On ne peut pas comprendre l’un sans comprendre l’autre. Un hôte, c’est d’abord l’inconnu que l’on reçoit ou celui que l’on est lorsque l’on est reçu. Hôte est un mot qui a eu du mal à choisir son camp : on ne sait jamais avec lui si l’on est l’accueilli ou bien l’accueillant. C’est un mot réversible et c’est un mot piégeur : c’est l’un des rares de notre langue, peut-être le seul, qui nomme une chose et son contraire.
Tout ça, sans doute, parce que hôte, comme otage, provient d’une famille de mots qui a donné, indifféremment, les mots hospitalité et hostilité. On voit par là que nous n’avons jamais su quoi faire des autres : les accueillir ou les chasser, être hospitalier ou bien hostile ? Ces deux mots-là sont venus à pied du fond des âges pour nous dire toute notre ambivalence et toutes nos ambiguïtés.
Et pour otage, c’est donc la même chose : à l’origine, un otage désigne une personne qui vient volontairement résider chez vous et que vous accueillez amicalement en garantie d’un accord à respecter, d’un traité à passer, d’une vente à signer… On vit des marchands, par exemple, qui envoyèrent leurs fils en otages à leurs créditeurs… Mais ça, chers auditeurs contemporains, c’était du temps des Grecs et des Romains. La postmodernité, précisément, consiste non pas à recevoir des gens en otage mais à les prendre et à les détenir contre leur gré et contre rançon, on veut dire à considérer leur altérité comme une véritable étrangeté, presque une exclusion…
C’est un peu byzantin, sans doute, à 7h20 du matin, mais c’était juste pour dire comment l’on glisse de l’accueil vers la détention et de la maison vers la prison. D’où l’on voit bien, effectivement qu’il y a otages et otages. Allez bonne journée et puis aussi bonne chance.