Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Et donc, vous entendez parler de viols de bébés —on veut dire de quelques mois —, de viols de vieilles dames —on veut dire de grands-mères —, de mutilations sexuelles — on veut parler de femmes définitivement détruites —, d’incestes obligés —on veut dire de parents qui violent leurs enfants et d’enfants violant leurs parents —, et puis de mères apparemment forcées à manger leurs enfants. Et si on dit « apparemment », c’est que ces choses sont tellement impensables que pour en parler, il vaut mieux se prémunir d’un adverbe. Un adverbe, c’est parfois un bouclier.
Et pourtant, à bien y réfléchir, vous étiez préparé à entendre cela. Car vous aviez remarqué que le corps était revenu au centre des guerres contemporaines. Aujourd’hui, il ne suffit plus que les corps disparaissent, il faut encore qu’on les humilie, même morts. Vous avez vu ça cent fois. En Bosnie, au Rwanda, par exemple. Alors, vous pensez bien, des corps de femmes et puis d’enfants, vivants ou morts…
Et vous avez également compris que cela n’est jamais que la suite du génocide rwandais de 1994 et que vous retrouvez là ceux dont vous n’aviez pas compris, à l’époque, qu’on les transforme en victimes. On veut parler des génocidaires hutus auxquels la France avait offert un sanctuaire turquoise. On n’entend rien dire de l’autre côté de la frontière, ce ne sont pourtant pas les crimes de nos pères, ce sont les nôtres.
Il y a quelques jours, on parlait ici même d’autres mères, d’autres enfants et d’autres jungles. On ne peut pas s’empêcher de penser qu’il y a des jungles qui sont moins intéressantes que les autres. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.