Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Et quels seront donc ces mots qui descendront dans la rue ? Tous ceux, nous dit-on encore, qui « avaient pris un chouette départ dans la vie, des mots jolis, délicieux, éclairants ou prometteurs, des mots qui font rêver, rire ou réfléchir,… mais que l’usage a dévoyés, salis, banalisés, édulcorés, vulgarisés, affadis, simplifiés, gâchés, galvaudés, usés, bref, trahis ». Ainsi, nous disent les organisateurs, le mot travail a-t-il très mal tourné.
On le connaît bien, celui-là, qui décrivait à l’origine un instrument de torture et qui nomme aujourd’hui cette chose en voie de disparition que cherchent à se procurer les chômeurs, lesquels n‘étaient rien d’autre que des gens se reposant durant les grandes chaleurs car chômage vient de chaleur et c’est un mot rural, un mot monté du sud, un mot de paysan fatigué, un mot qui, on le sait, a désormais opté pour un statut précaire.
Alors, sans doute, irons-nous manifester le week-end prochain pour voir défiler ces mots truqueurs et les conspuer au passage. Peut-être aurons-nous glissé dans notre poche le plus beau mot du monde. Ce mot-là a été choisi parmi 2500 propositions venues de soixante pays et c’est l’Institut allemand des relations avec l’extérieur qui a proclamé les résultats. Le plus beau mot du monde est turc. C’est le mot « Yakamoz » qui signifie « reflet de la lune dans l’eau ». On sent bien que ce mot là n’a pas à s’en faire. Parce que, oui, à qui et à quoi servirait-il de détourner ce reflet de la lune dans l’eau ? Voilà bien une chose qui n’a aucun usage social ni économique, un reflet de la lune dans l’eau . Yakamoz peut donc dormir tranquille, il peut chômer ainsi que l’on disait dans le temps. Chérissons les mots qui chôment. Ce sont des mots résistants. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.