Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Depuis, dit l’étude, l’incendie ou la dégradation des bibliothèques est devenu fréquent dans les banlieues françaises.
Si bien qu’on se demande ce qui se passe avec les livres pour qu’ils appellent cette colère et cette violence.
Et on se dit, ça ne peut pas être ça. Ça ne peut pas être : le livre, c’est la bibliothèque, la bibliothèque c’est le service public, le service public c’est l’Etat, l’Etat c’est la police donc le livre c’est la police. Ben si, disent les sociologues, c’est un peu ça.
Mais il y a aussi, disent-ils, que le livre a changé de fonction et de statut. Hier, dans les mêmes banlieues, lorsque la culture était ouvrière, un livre, ça pouvait émanciper. Aujourd’hui que la culture est devenue urbaine, un bouquin, ça domine. « Beaucoup de gens, disent ces sociologues, se sentent menacés par ceux qui assoient leur pouvoir sur la maîtrise de l’écrit » . De sorte qu’on pourrait presque dire, et d’ailleurs on le dit, que construire une bibliothèque en banlieue relève désormais de la provocation.
Pour l’homme banalement contemporain, la destruction d’un livre relève du tabou. C’est un des derniers qui nous restent. Les incendies de bibliothèques et les autodafés de livres sont un grand classique de l’indignité humaine. On va rappeler au hasard Alexandrie, bien sûr, les nazis et les autodafés, les talibans, Sarajevo et on se demande bien ce que viennent faire dans cette liste terrible les jeunes banlieusards de France et l’on pense à part soi que bien entendu elle doit bien être compliquée à connaître cette liste, si on a brûlé les livres dans lesquels elle se trouvait.
On a commencé par un proverbe, on finit par un autre. Proverbe chinois : Ouvre un livre, c’est lui qui t’ouvrira. Ce week-end, mes amis, bouquinons. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.