Lautresite, le jour, les billets du mois de décembre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".



On ne sait que dire, évidemment, ou plutôt si, on le sait très bien. Car comment ne pas y reconnaître des choses déjà vues ? Et comment n’avoir pas l’impression de relire des choses déjà lues ? Comment, n’est-ce pas, n’être même pas surpris qu’Ingrid Betancourt adresse sa lettre à sa petite maman adorée, comme Guy Môquet l’adressait à sa petite maman chérie, on dirait qu’il y a une langue commune des otages, car ils se ressemblent, les mots des suppliciés : les mamans y sont toujours petites.
Et puis, on a vu hier 55 secondes d’une nouvelle vidéo. On y regarde Ingrid Betancourt assise, les yeux baissés, d’une maigreur de camp, les cheveux si longs qu’on dirait du temps qui a poussé. On n’entend que le son des insectes et des oiseaux. Cette image taiseuse n’est pourtant pas muette. C’est celle d’une piéta, d’une mater dolorosa. Mais regardez bien, elle n’a pas d’enfant sur les genoux. Non, ce qu’elle voudrait, elle, c’est sa mère.
Pourquoi on a dit que cette chronique ne servait à rien ? Parce que nous acceptons très bien les femmes qui appellent leur mère et que nous nous accommodons même des mâles, le président Uribe ou le commandant Marquez, qui savent très bien quoi faire des femmes qui veulent « demeurer libres de désirs ». Il y a des jours, voyez-vous où l’on déteste être un homme. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.