Lautresite, le jour, les billets du mois de décembre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".


Encore que, vous savez bien, Montaigne a vécu dans une tour toute sa vie, c’est de là qu’il a observé le monde. Et ce qu’il en reste, c’est un ouvrage qui ouvre plus l’esprit que les carnets d’un grand voyageur.
Or donc, le chroniqueur assez souvent est de sortie. Et vous savez ce qu’il fait, le chroniqueur quand il est de sortie, il va voir les auditeurs. Ainsi, vendredi était-il invité, par un auditeur, à disserter un peu sur la mémoire, car quoi de plus important, n’est-ce pas, que de tenter de répondre à cette question : « Comment faire avec une mémoire avec laquelle on peut dormir ? ». On parlait là des choses qui se cachent et qui se dissimulent. On s’aperçoit, par exemple, qu’un demandeur d’asile, passant son interrogatoire, oublie le plus souvent de parler des tortures subies, comme des viols ou des persécutions. Et pourquoi oublie-t-il ? Parce que, justement, il doit parvenir à dormir. Et c’est avec ce sommeil qu’il se présente à nous.
Et puis ce lundi, hier, le chroniqueur était à Paris, à l’invitation d’un autre auditeur, pour cette cérémonie des Justes à l’Assemblée nationale française dont je vous ai parlé l’autre semaine. Nous étions là encore dans une mémoire à réveiller. Cette histoire de camp de concentration des Ardennes, ces résistants français sauvant des juifs anversois et cet auditeur qui prend cette mémoire sur son dos et l’amène jusqu’à Paris et Yad Vashem parce que le maire à qui il avait demandé une plaque commémorative avait accepté de nommer une rue de sa commune du nom de ce résistant, Emile Fontaine, mais avait refusé d’y ajouter que cet homme avait sauvé des juifs, au prétexte, avait-il dit que « ça pouvait choquer des gens ». La mémoire des temps donc, au péril de celle des gens…
Ici, on a peut-être un œuf, mais on a surtout un clou. Et tous les jours, voyez-vous, il nous faut taper dessus. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.