Lautresite, le jour, les billets du mois de novembre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Je pense aussi à cet hélicoptère et à ce pylône parce que hier, sur cette même antenne, Leila Chahid a confessé le trouble que lui inspirait notre instabilité institutionnelle, ne comprenant pas, disait-elle, elle qui tâchait de construire un pays comment nous pouvions nous demander s’il ne fallait pas détruire le nôtre.
J’y pense enfin parce qu’aujourd’hui, on le sait, nos confrères de Libération sortent une édition spéciale consacrée à la Belgique et qu’il n’y a rien à faire, ces journalistes qui se penchent sur nous, notre crise et nos 171 jours sans gouvernement figurent pour moi ces caméras et ces reporters qui ont filmé autrefois pour le monde entier le résultat d’un accident que les locaux n’ont pas pu voir.
Car voilà, que voit-on vraiment de l’histoire quand on la vit et que suit-on vraiment de l’histoire quand elle passe ?
Un jour, Jean Hatzfeld, ce bel écrivain, ancien de Libération précisément, qui a fait du génocide rwandais un pèlerinage d’écriture, racontait à peu près que repassant dans un village quelques mois après s’y être arrêté au moment où l’on y assassinait des gens par dizaines, il s’était étonné de n’avoir rien remarqué ni rien perçu, à l’époque. « C’est normal, lui répondit une habitante, ce qu’un homme n’a jamais vu, il ne peut pas le reconnaître ».
C’est curieux, mais il nous faudra attendre demain pour savoir si nous avons reconnu notre présent et si nous l’avons vu passer. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.