Lautresite, le jour, les billets du mois de novembre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Nous en étions au 101ème jour sans gouvernement, une époque presque bénie, dont on se souvient avec un brin de nostalgie. 55 jours ! C’est énorme, 55 jours. Ici, depuis, on a relancé des négociations, on a eu un accord sur l’immigration, eh oui, un autre accord sur la justice, et puis sur la santé, sur la Fonction publique, sur le développement durable, sur l’emploi, et puis un vote majoritaire, vous savez bien, BHV, et puis le retour d’Herman van Rompuy, l’arrivée d’Armand De Decker et les consultations royales. Enfin, voilà, c’est ça 55 jours. Maintenant, imaginez-les juste avec de l’eau sucrée.
Une grève de la faim, c’est un rapport de force, c’est un bras de fer, si on ose. C’est un moment où comme le fait remarquer une sociologue, le gréviste dit à l’Etat : « Vous n’aurez jamais prise sur moi au point où je peux l’avoir. Je pourrai toujours me faire plus de mal que ce que vous pourrez me faire ». Ces permis de séjour accordés, ce n’est rien d’autre que la légitimation de cette violence que l’on retourne vers soi. Et il est terrible de constater que ce n’est pas la parole qui a convaincu ce gouvernement en affaires courantes de faire un geste. Ce n’est pas la raison des arguments ou la justesse des critères. Non, c’est le fait que des hommes aient mis leur corps en jeu et en enjeu pour pouvoir rester ici.
Car il nous reste encore à imaginer cela : que ces Afghans, ils ont décidé d’engager un pari avec la mort afin de pouvoir vivre avec nous, nous qui ne savons pas si nous voulons encore vivre ensemble. La situation politique de notre pays découragerait les investisseurs, dit-on, mais pas les demandeurs d’asile. Eux, ils nous font toujours confiance. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.