Lautresite, le jour, les billets du mois d'octobre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".


Il y a ces auditeurs qui vous reprochent avec vraie émotion et chaude colère d’avoir, lors de votre billet sur l’affaire Moulinsart, RTBF et caméra cachée, dressé une diagonale insensée entre les listes noires nazies et celle de Nick Rodwell, et alors oui, sans doute, admettez-vous que vous différenciez contexte et comparaison, que les événements sont comme les mots, qu’ils ont des champs lexicaux et des espaces de résonance, vous dites tout cela, mais il n’y a pourtant pas un moment où vous trouveriez que votre petit doigt serait assez épais pour cacher votre cheveu sur la langue et où vous seriez suffisamment mal embouché pour estimer que vous avez été mal compris alors que c’est vous, sans doute, qui vous êtes mal exprimé. Parce qu’à prononcer ces mots sont difficiles, de temps en temps vous confondez les temps, mais vous savez aussi que si vous écrivez des histoires, ce ne sont pas celles des vainqueurs, il vous faut de temps à autre aller vers la difficulté des mots.
Il y a cette chose que vous n’avez même pas entendue quand elle est passée : vous n’avez pas entendu Laurette Onkelinx dire que la mérule flamande était en train de travailler l’État fédéral et vous recevez des messages de partout vous demandant pourquoi vous n’avez pas traité cela et de quoi vous l’auriez traité si vous l’aviez traité.
Il y a cet auditeur qui profite de la journée mondiale de l’alimentation, c’était hier —un enfant de moins de 5 ans qui meurt toutes les 5 secondes — pour faire savoir que les bénéfices d’un récent dîner VIP au Standard de Liège seront redistribués aux restos du cœur. Il insiste pour que vous sachiez qu’il y avait au menu apéro, zakouskis, quatre demi-homards, dessert, vins et champagne. Il se demande si les commentateurs sportifs ne devraient pas dire dorénavant plutôt que « Defour a distillé un caviar à Fellaini », « Defour a distillé quatre demi-homards », ce qui serait plus juste. La lancinance des temps vous amène certain matin à laisser pousser votre cheveu sur la langue. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.