Lautresite, le jour, les billets du mois d'octobre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Dans le bouquet des expressions de la langue française, il y a donc toujours, ici et là, de quoi mettre en vase quelques belles fleurs coupées. Et nous n’avons rien ici, croyez-le, contre tous ceux et toutes celles qui s’en vont herboriser au bord des chemins pour effeuiller les marguerites. Nous sommes par ces temps linguistiques complices et alliés de ceux qui veulent bien encore inventer des langues.
Par exemple, mon grand-père qui était flamand, né à Levergem et mort à Marchienne, n’a jamais parlé que deux sortes de langues : le flamand de Levergem et le wallon de Marchienne, qu’il mélangeait, et il aurait eu bien du mal à dire par exemple « séparatisme » parce que c’est un mot qui n’existe qu’en ABN et en français. C’était donc peine perdue : mon grand-père pratiquait le pidgin qui est la première langue fédérale que j’ai apprise.
J’y pensais en voyant les images de la colère de Laurette Onkelinx à « Mise au point », dimanche. Elle disait en substance qu’il y eut un temps où « nous Wallons » avions aidés « eux Flamands » et que la preuve en était que son propre père avait migré de Flandre en Wallonie du temps qu’elle était prospère. Et je pensais que « nous Wallons » qui sommes tout de même fort nombreux à avoir une ascendance qui vient d’ »eux Flamands », avons fait le contraire du travail de mémoire que pratiquent d’ordinaire les enfants de ceux qui immigrent : nous n’avons jamais rien revendiqué de cet héritage, à commencer par la langue. C’est tout de même curieux. Nous avons très vite été un pays mélangé, mais nous n’en avons jamais profité. Nous avons passé notre temps à n’utiliser qu’une partie de notre cerveau. Mais je vais en rester là. En rajouter serait devenir politiquement incorrect. Et je n’ai pas envie d’être responsable de la goutte qui mettrait le feu aux poudres. Allez, bonne journée Nathalie, et puis bonne chance.