Lautresite, le jour, les billets du mois d'octobre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".


Regardez, ça coule. Puisque rien n’est plus solide ni durable, il ne sert donc plus à grand-chose, chers auditeurs contemporains, de se conformer à des règles, mais il est vital, en revanche, d’être mobile et de savoir s’adapter. Et c’est comme cela, comme l’on dit aujourd’hui « que les lignes bougent ». Et qu’il est très important d’être du bon côté de la ligne, quand elle bouge. Sinon, vous devenez vous-même liquide et vous vous dissolvez, hop, on vous voyait, hop, on ne vous voit plus.
Parmi ces personnages superflus, il y a ceux que Bauman nomme les déchets humains. « De leur dépotoir, dit-il, aucune route ne ramène en arrière ni ne mène en avant ». Il veut parler des clandestins dont « les murs et les barbelés sont la seule identité ». Je n’en aurais pas parlé si ce week-end, je n’avais lu une information venue percuter les livres de Bauman.
Je vous présente donc de Monsieur Belouadeh, 48 ans, Marocain sans papier, victime d’un accident de voiture, tétraplégique et, depuis 2 ans presque, étendu sur un lit d’hôpital bruxellois. Sans aucune visite. Car voilà, sans papier c’est aussi sans visite. On imagine, 2 ans. C’est un malheur et on dirait une peine. Lui — que disait-il encore, Bauman ?—, il est clair que sa route ne le mènera jamais plus en avant ni ne le ramènera en arrière. On vient enfin de lui délivrer un droit de séjour pour que sa famille puisse enfin le voir. Et on se dit que c’est sans doute parce qu’il ne peut plus bouger, qu’il peut rester. On est encore que lundi et déjà l’impression d’avoir vécu toute une vie, hein Sophie. Allez bonne journée et puis bonne chance.