Lautresite, le jour, les billets du mois de septembre 2007
   


 
 

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En ce jour du vendredi 28 septembre 2007, Chères auditrices, chers auditeurs, nous vivons dans un temps où les arbres portent plainte et où les ruisseaux déposent au tribunal. Les paysages, aujourd’hui, font de terribles voisins et entretiennent désormais avec les hommes des conflits de mitoyenneté. On ne peut pas faire ni dire n’importe quoi à leur propos. Parce qu’alors, les paysages se fâchent et font remplir au commissariat des mains courantes et des procès-verbaux.
Vous ne me croyez pas ? C’est une rivière qui a entraîné le cinéaste Eric Rohmer au tribunal. Il en cherchait une pour son dernier film, « Les amours d’Astrée et de Céladon ». A mieux dire, il ne cherchait pas une rivière mais la rivière. Le Lignon du Forez que décrivait Honoré d’Urfé, cet auteur du 16ème siècle dont le roman a inspiré son film. On aime bien l’idée que Rohmer, cinq siècles plus tard, ait cru pouvoir retrouver cette rivière intacte et intouchée. Il faut avoir 87 ans pour penser cela et avoir en toutes choses le goût du naturel.
Déçu et attristé par ce qu’il a trouvé, Rohmer a fait précéder son film d’un avertissement jamais vu. Il n’a pas salué, comme c’est d’usage, la région où le film a été tourné mais plutôt celle où il n’a pu le faire et comme on s’en doute, il l’a fait à sa façon : "Malheureusement, nous n'avons pas pu situer cette histoire dans la région où l'avait placé l'auteur; la plaine du Forez étant maintenant défigurée par l'urbanisation, l'élargissement des routes, le rétrécissement des rivières et la plantation de résineux ». (...)