Lautresite, le jour, les billets du mois de septembre 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.




Et qu’il valait mieux être présent en Birmanie, que l’on soit une ONG ou une multinationale. Peu importe, entendait-il, qui et comment vient en aide, du moment que l’aide est efficace. « Une victime ne sera jamais caractérisée par la nature de la main qui se tend » écrivait-il. Hé bien, les moines birmans ont décidé de penser exactement le contraire. Ils actionnent à la fois la menace du boycott et questionnent la main qui se tend.
Le boycott, d’ordinaire, c’est refuser de poser un acte. C’est ne pas acheter ceci, ne pas acquérir cela. Mais, pour nos moines, pas du tout. Le boycott ne consiste pas à refuser d’aller vers l’autre mais de refuser à l’autre de venir à soi. Ainsi, les moines menacent-ils de récuser l’aumône que leur tendraient les militaires, qui sont des représentants de la junte. C’est une insulte de repousser ce qu’une main vous tend. Mais c’est aussi une menace, voire une condamnation.
Dans le bouddhisme, l’acte de don est essentiel pour qui voudrait accélérer son chemin vers la réincarnation. Boycotter la main qui se tend, c’est couper son propriétaire du chemin vers la vie. Et l’on perçoit alors que ce qui se passe en toute placidité dans les rues de Birmanie est en fait un ouragan intime où chacun est tenu de faire de la politique une question intérieure. Dans son tour du monde, prions, Sophie, pour que notre explorateur croise un jour le chemin d’un moine bouddhiste birman. Allez, bonne journée et puis bonne chance.