Et qu’il valait mieux être
présent en Birmanie, que l’on soit une ONG ou une multinationale.
Peu importe, entendait-il, qui et comment vient en aide, du moment que
l’aide est efficace. « Une victime ne sera jamais caractérisée
par la nature de la main qui se tend » écrivait-il. Hé
bien, les moines birmans ont décidé de penser exactement
le contraire. Ils actionnent à la fois la menace du boycott et
questionnent la main qui se tend.
Le boycott, d’ordinaire, c’est refuser de poser un acte.
C’est ne pas acheter ceci, ne pas acquérir cela. Mais,
pour nos moines, pas du tout. Le boycott ne consiste pas à refuser
d’aller vers l’autre mais de refuser à l’autre
de venir à soi. Ainsi, les moines menacent-ils de récuser
l’aumône que leur tendraient les militaires, qui sont des
représentants de la junte. C’est une insulte de repousser
ce qu’une main vous tend. Mais c’est aussi une menace, voire
une condamnation.
Dans le bouddhisme, l’acte de don est essentiel pour qui voudrait
accélérer son chemin vers la réincarnation. Boycotter
la main qui se tend, c’est couper son propriétaire du chemin
vers la vie. Et l’on perçoit alors que ce qui se passe
en toute placidité dans les rues de Birmanie est en fait un ouragan
intime où chacun est tenu de faire de la politique une question
intérieure. Dans son tour du monde, prions, Sophie, pour que
notre explorateur croise un jour le chemin d’un moine bouddhiste
birman. Allez, bonne journée et puis bonne chance.