Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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C’est nous, dirent les Roumains. Non, c’est nous, rétorquèrent les Hongrois, nos églises en pierre en sont la preuve. Ben non, poursuivirent les Roumains, nos églises à nous étaient en bois, elles n’ont pas résisté au temps, c’est la raison pour laquelle vous ne les avez pas vues. On comprend alors qu’il existe des généalogies de la bêtise. Et que la convocation du passé pour justifier du présent peut conduire sinon au crime, au moins à l’indécence. Prenez le couple polonais au pouvoir, les jumeaux Kaczynski. Déjà qu’ils avaient sidéré le dernier sommet européen en revendiquant plus de voix pour leur pays au titre des millions de morts polonais de la dernière guerre, voilà qu’aujourd’hui, l’un d’entre eux, Jaroslaw, le Premier ministre, prend de nouveau le passé en otage pour mieux se faire un ennemi. Je vous cite : « S’il n’est pas correct en Europe de parler des victimes et des coupables de la seconde guerre mondiale, on peut, en revanche, parler des « camps de concentration » polonais ou de la « corresponsabilité de la Pologne » ou même de sa responsabilité tout court pour l’Holocauste ». Au travers de ces grands arrangements avec l’histoire, on comprend que l’utilisation du passé convulsif des peuples et de leurs souffrances sert surtout à assouvir des appétits bien contemporains. Profanateurs de chapelles bretons, admirateurs roumains des églises en bois ou hongrois des églises en pierre, premier ministre polonais, tous ceux là nous disent la même chose. Qu’ils ne portent aucune responsabilité dans la marche du monde et que l’enfer, c’est toujours les autres. Préférons, si vous le voulez bien, cet enfer-là à leur paradis.