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C’est nous, dirent les Roumains.
Non, c’est nous, rétorquèrent les Hongrois, nos
églises en pierre en sont la preuve. Ben non, poursuivirent les
Roumains, nos églises à nous étaient en bois, elles
n’ont pas résisté au temps, c’est la raison
pour laquelle vous ne les avez pas vues. On comprend alors qu’il
existe des généalogies de la bêtise. Et que la convocation
du passé pour justifier du présent peut conduire sinon
au crime, au moins à l’indécence. Prenez le couple
polonais au pouvoir, les jumeaux Kaczynski. Déjà qu’ils
avaient sidéré le dernier sommet européen en revendiquant
plus de voix pour leur pays au titre des millions de morts polonais
de la dernière guerre, voilà qu’aujourd’hui,
l’un d’entre eux, Jaroslaw, le Premier ministre, prend de
nouveau le passé en otage pour mieux se faire un ennemi. Je vous
cite : « S’il n’est pas correct en Europe de parler
des victimes et des coupables de la seconde guerre mondiale, on peut,
en revanche, parler des « camps de concentration » polonais
ou de la « corresponsabilité de la Pologne » ou même
de sa responsabilité tout court pour l’Holocauste ».
Au travers de ces grands arrangements avec l’histoire, on comprend
que l’utilisation du passé convulsif des peuples et de
leurs souffrances sert surtout à assouvir des appétits
bien contemporains. Profanateurs de chapelles bretons, admirateurs roumains
des églises en bois ou hongrois des églises en pierre,
premier ministre polonais, tous ceux là nous disent la même
chose. Qu’ils ne portent aucune responsabilité dans la
marche du monde et que l’enfer, c’est toujours les autres.
Préférons, si vous le voulez bien, cet enfer-là
à leur paradis.
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