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C’était un passeport
de la Croix-Rouge, délivré au nom de Riccardo Klement.
Les vérifications d’identité étaient fragmentaires
à l’époque, dit la Croix-Rouge. Et c’est aussi
avec de vrais-faux passeports et des noms empruntés que Klaus
Barbie, Joseph Mengele ou Ante Pavelic trouvèrent la route de
l’Argentine où Juan Peron ne fut pas avare de son accueil.
Et c’est là que l’on se dit qu’on ne connaît
pas les noms des seconds couteaux des crimes du Darfour. Bien sûr,
les dirigeants sont bien connus. Mais ceux qui commandent sur le terrain,
ceux qui se sont rendus coupables de fosses ardéatines subsahariennes,
ceux qui razzient et brûlent les villages comme le faisaient les
Einzatsgruppen, ceux-là, on ne les connaît pas. Une conférence
s’est tenue hier à Paris et on a pu espérer que
l’on sorte là aussi, comme ailleurs, de l’humanitaire
comme seule pratique politique. La présence autour de la table
des Américains, des Chinois, des Russes, des Nations-unies et
de la Ligue arabe autour de Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner augurait
de quelque chose, cependant. Pour autant que l’on se soit mis
d’accord sur les mots. Car là où les Américains
dénoncent un génocide, les Européens préfèrent
voir des crimes contre l’humanité. Et les Chinois, eux,
c’est simple, cela fait longtemps qu’ils n’y voient
rien ou pas grand-chose, sauf du pétrole. On dit qu’hier,
cependant, leurs yeux se seraient ouverts. C’est heureux. Car
on voudrait bien ne pas retrouver dans trente ou cinquante ans, dans
les rues de Pékin, un type qui a razzié, pillé
et assassiné mais qui connaît par cœur le plan de
la ville et le fonctionnement de sa mobylette.
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