Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2007
   


 
 

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En ce jour du jeudi 21 juin 2007,
C’est un livre qui a fait 43 morts. Au moins 43 morts. Et dont l’auteur est resté depuis 1989 dans la clandestinité. Ou, à tout le moins, dans la discrétion. 1989, on s’en souviendra, c’était la chute du Mur de Berlin, la Place Tien An Men, le début de la fin de l’apartheid, enfin, autant dire un autre monde, plus sûrement un autre siècle. On pensait avoir à peu près oublié « Les Versets sataniques » de Salman Rushdie. On se disait que le temps avait patiné la fatwa de l’ayatollah Khomeini. On croyait que cet écrivain était, petit à petit, revenu au monde. Mais voilà que son récent anoblissement, à la Cour d’Angleterre, par la reine même — on dit en effet aujourd’hui Sir Salman à ce romancier devenu chevalier — a remis au jour une condamnation à mort dont on pensait qu’elle avait disparu sous la pile des controverses qui ont secoué, ces dernières années, nos relations avec le monde musulman. « Si un homme enveloppé d’explosifs lance des attaques pour défendre l’honneur du prophète Mahomet, alors elles sont justifiées » a dit le ministre pakistanais des Affaires religieuses avant de modérer un peu ses propos. L’Iran et le Pakistan ont convoqué les ambassadeurs de Grande-Bretagne et la rue, ici et là, s’agite. Cet anoblissement anglais est considéré comme une nouvelle provocation. Comme si, à travers lui, c’était le blasphème qui s’en trouvait distingué. (...)