Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Lien vers le site de la RTBF, pour écouter la chronique du jour.



Autorisez-moi, je vous prie, à ne pas m’étendre sur les sentiments que j’éprouve pour elle : je l’aime. Ici finit le monde, ici commence le monde ». Vous refuseriez, vous, quelque main que ce soit, à un homme qui écrit cela à propos de votre fille : « Ici finit le monde, ici commence le monde » ? Georgette à vrai dire, avait déjà amorti le choc. Quelques jours auparavant, elle avait prévenu ses parents par une autre missive : « A lire le matin à jeun ! J’ai décidé de vous donner un gendre, ne soyez pas affolés, j’ose croire qu’il vous plaira autant qu’à moi. Il s’appelle René Char, habite Paris, écrit et s’occupe de livres… Vous serez bien aimables de faire rehausser le plafond, René ayant 1,86m ». Les parents, vaincus, répondirent à René Char : « Georgette vous a choisi, elle dispose de son bonheur ». Cette main qu’il avait demandée, il allait aussi la poser, toute la guerre durant, sur sa femme et sa famille qui s’appelait Goldstein. Car ce poète paysan savait cacher et protéger, ce colosse en marche était aussi un résistant écrivant. Dans le maquis provençal, il était le capitaine Alexandre. C’était un poète qui n’a pas eu sur les mains que du sang intellectuel. Il fut l’un de ces très rares écrivains à n’avoir pas mégotté avec l’histoire. Au chat, il n’a jamais laissé sa part. Et c’est aussi pour cela qu’on aime l’homme qui disait : « J’ai de naissance la respiration agressive ». Cette respiration agressive aurait eu cent ans demain et pourtant on l’entend encore. Et si vous vous demandez pourquoi j’ai choisi de célébrer l’anniversaire de René Char avec un jour d’avance, c’est très simple : c’est pour vous laisser le temps de vous faire le cadeau de lui offrir un de ces livres.