Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Le 8 mai 2005, il s’excusait presque, à la tribune du Sénat d’avoir fait silence pendant tout ce temps : « Etre réduit à l’esclavage, disait-il, fut une expérience tellement honteuse qu’elle ne m’a jamais incité à la communiquer ». Et pour expliquer pourquoi, 60 ans plus tard, comme d’autres, il prenait enfin la parole, il employa des mots de médecin : « L’anesthésie psychique due à nos âges nous a sans doute permis de nous désinhiber ». Christian Laporte, dans un bel article dans la Libre Belgique, rapporte cette anecdote qu’entrant dans un cabinet ministériel pour tenter d’y discuter l’idée d’une visite obligatoire à Breendonk pour les élèves du secondaire, le docteur s’entendit répondre que Breendonk, pardon, on ne connaissait personne de ce nom-là, ici… Breendonk, pourtant, et les auditeurs de cette radio s’en souviennent sans doute, cela avait été, avec André Wynen, chez Jean-Pierre Hautier, un moment de témoignage poignant, un moment de radio rare. Je n’ose même pas imaginer comment aurait réagi Arthur Haulot à ce « on ne connaît personne de ce nom-là, ici », Arthur Haulot auquel il succéda à la tête du groupe Mémoire, une association qui entend assurer la transmission entre ceux-là qui avaient 17 ans en 1940 et ceux-ci qui ont le même âge aujourd’hui. Dernièrement, André Wynen plaidait, toujours au Sénat, pour l’interdiction pure et simple des partis liberticides. C’est dire si le recul en voix de l’extrême droite en Wallonie et son laminage en France de dimanche soir aurait pu ravir cet homme militant mort dimanche matin. Mais en repensant à Breendonk et au voyage récent qu’il y avait entrepris avec ses enfants, il aurait peut-être trouvé que ce dimanche soir aussi, la Flandre continuait d’avoir une drôle de tête.