Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Lien vers le site de la RTBF, pour écouter la chronique du jour.



Aussi loin que je me souvienne, Julos Beaucarne fut le premier dans sa “Lettre à Loulou” — sa compagne, elle aussi poignardée, neuf coups, un jour de février 1975 — à imposer cette réserve et à récuser le lynchage. On dirait bien que depuis le sort a choisi des familles — les Benaïssa, les Russo, les Lejeune, les Brichet, les Drowart, les Niangadou, … — qui ont su restituer à la sphère publique ce qu’un drame privé leur avait arraché. Avec eux, nous avions réussi à créer une sorte de culture de la perte collective et à ramener au politique des valeurs qui l’interrogeaient et le fortifiaient en le fragilisant. Et l’on ne pouvait s’empêcher, dans ces circonstances, de se féliciter tout de même que le filet social, dans ce pays, soit toujours convenablement maillé et que ses mailles soient encore suffisamment serrées. Les victimes elles-mêmes y veillaient. C’est pourquoi on a été surpris hier, au petit matin, de ces déclarations entendues à la radio, de ces mots de Monsieur van Hoolsbeek, après avoir appris que Mariusz, au contraire d’Adam, ne serait pas renvoyé devant les Assises : «Ça pousse à faire justice soi-même, parce qu'on n'a plus confiance. La prochaine fois, j'essaierai de régler mes problèmes moi-même, et je ne fais plus appel à la Justice, c'est terminé ». Comme si, quoi que l’on puisse penser de la décision de la cour d’Appel, une page venait de se déchirer, comme si un pacte était rompu. Comme si avant-hier, par cette décision et cette réaction, nous avions, nous aussi, perdu quelque chose. Comme si nous étions devenus orphelins de notre propre héritage.