Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2007
   


 
 

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En ce jour du mercredi 6 juin 2007,
J’ai longtemps eu le sentiment que ce que la Belgique réussissait le mieux, c’était les enterrements. Comme si c’était, paradoxalement, le dernier endroit où allait se réfugier, dans ce pays, le « vivre ensemble ». On avait vu cela avec toutes les terres retournées des enfants assassinés des années 90. On avait vu cela avec les jeunes gens morts du racisme dans les années 2000. On a vu cela aussi avec Jo van Hoolsbeeck. Ces enterrements imposaient le silence à la nation : depuis la Marche Blanche, aucune sorte de défilé, aucune sorte de service religieux ou civil n’a été troublé par autre chose que des applaudissements, par ces beaux applaudissements qui nous viennent de l’Espagne : l’on se tait sans doute aux obsèques mais on y applaudit dorénavant énormément, car ces applaudissements veulent dire que le mort est présent. Alors, quand seul le silence fait lien, l’on se tourne vers la seule parole qui s’autorise : celle des proches et des parents. Il n’est pas un éditorial qui n’ait souligné depuis plus de dix ans aujourd’hui la “formidable dignité” de ces parents. Cette dignité, il faudra un jour faire un sort à cette morgue, accompagne désormais les meurtres qui balisent notre temps. (...)