Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Mais voilà que dans les lieux d’enfermement aussi, on s‘est demandé si la structure était vraiment adaptée. C’est la raison pour laquelle les gardiens sont partis en grève hier dans plusieurs établissements du pays. Ils estiment qu’ils n’ont ni les moyens ni la formation pour intervenir lorsqu’un détenu devient violent et qu’ils ne supportent pas, lorsque la situation tourne mal et qu’il y a mort d’homme comme cela a été le cas, de s’en voir accuser. Médecins sans frontières aussi se demande si la structure des centres fermés pour étrangers est vraiment adaptée. Comme les Médecins sans frontières sont médecins, ils se sont penchés sur la santé de ces détenus. Comme les Médecins sans frontières sont aussi sans frontières, ils l’ont fait chez nous, en Belgique, pendant un an. Leurs conclusions sont terribles. Ils parlent d’un coût humain « exorbitant » : ils veulent dire que la santé des gens que l’on enferme dans ces centres est mise en péril par leurs conditions de détention mêmes. Ils posent sur les centres fermés un diagnostic sans concession : c’est une expertise médicale, pas un mémorandum militant. C’est pour cela qu’il est si terrible. Hier, la ministre de la Justice a décidé d’intervenir dans le conflit des gardiens de prison. Elle a promis des formations adaptées. Pour les centres fermés, par contre, personne n’a rien dit. Et personne n’a promis aucune sorte d’adaptation que ce soit. C’est peut-être que dans le monde carcéral, il y a le visible et l’invisible. Parce que s’il existe heureusement des visiteurs de prison, on se demande bien s’il ne faudrait pas inventer une nouvelle sorte d’observateurs : les visiteurs de centres fermés.

« Ce monde hors du monde, échos d’une visiteuse de prison ». Editions Couleur Livres.