Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Des Anglais — évidemment, des Anglais — promettent, si l’on peut dire, de dévoiler cette cape d’ici quelques mois. Ce qui est fascinant, c’est que les mots de la fiction et de la science sont presque les mêmes. Toucher cette cape, dit JK Rowling, l’auteur de la saga Potter, c’est comme « toucher de l'eau qu'on aurait transformée en étoffe ». Les métamatériaux, dit le chercheur anglais David Smith, permettent de contourner un objet « comme l’eau d’une rivière coulant autour d’un rocher ». Il y a 110 ans qu’Herbert George Wells publiait « L’homme invisible », un sujet dont s’empara aussi Jules Verne quelques mois plus tard. L’Anglais et le Français avaient un point commun : ils ont fait de leur homme invisible un personnage détestable. Un ennemi de l’humanité. Un sale type. Un tueur. Dans les films et les séries télévisées, l’homme invisible était reconnaissable à ceci qu’il avait la tête bandée, des lunettes noires, un nez en plâtre, une gabardine et des gants. Il était aussi plutôt aimable, un type très sympathique, une sorte de superhéros. Un gentil. C’est très exactement le débat qui est en cours aujourd’hui sur les nanotechnologies dont ces métamatériaux font partie. Aimables ou détestables ? Dangereuses ou sympathiques ? Néfastes pour la santé, nuisibles pour les libertés ou bien conductrices de révolutions sanitaires et créatrices d’emplois ? Il y a sur les nanotechnologies un débat qui continue d’éviter largement le grand public. C’est typiquement le genre de sujet que l’on contourne par exemple dans une campagne électorale, « comme l’eau d’une rivière coule autour d’un rocher »… C’est pourtant, comme le réchauffement climatique, l’un des enjeux de demain. Mais on n’en parle pas. Comme s’il suffisait, finalement, pour rendre quelque chose invisible, de ne pas le regarder…