Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Cela étant, si la manie du classement, de la hiérarchie, de la performance en dit beaucoup sur l’évolution d’une société, il reste à savoir sur qui cela nous informe le plus : sur l’objet classé ou sur la personne qui classe… ? Car vous savez quoi, Sophie, je serais député et je n’aurais jamais déposé qu’une seule proposition de loi, je m’en contenterais, moi, si c’était l’abolition de la peine de mort. J’exagère un peu là, mais convenez avec moi que l’on veut aujourd’hui, tout mesurer. Nous vivons dans une société de mesurage. Et d’ailleurs vous savez bien, vous avez déjà entendu dire ça : « Il faudrait que quelqu’un prenne des mesures ! ». Notre société postmoderne a l’obsession de la taxonomie : elle veut des ordonnateurs. Des gens qui ordonnent, je veux dire : ordonner, c’est mettre de l’ordre, mais c’est aussi en donner. Peut-être bien, après tout, qu’une société du classement cache une société de l’ordre. Il y a un écrivain, un type merveilleux, Georges Perec, qui a tenté de classer le monde pour mieux le comprendre. Il disait, ce serait tellement tentant et tellement simple de penser qu’il y aurait quatre saisons, cinq sens, six voyelles, sept jours, douze mois, vingt-six lettres. Malheureusement, ajoutait-il, ça ne marche pas, ça n’a même jamais marché, ça ne marchera jamais. C’est ce que je vous disais Sophie, on nous classe tout, mais ça ne nous dit rien.