Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2007
   


 
 
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Et puis voilà que la Turquie crédite l’Arménie de 12 points quand elle n’en reçoit aucun en échange. On suspecte un aller sans retour, des choses à régler. Mais alors, que penser des points que donne la France à la Turquie ? Parmi les six pays fondateurs de l’Union Européenne, quatre sont membres de ce concours. L’Italie et le Luxembourg n’y participent plus mais l’Allemagne, la Belgique, la France et les Pays-Bas, oui. Tous ont donné à la Turquie, impétrante européenne, hier dans la rue pour la laïcité, tous lui ont donné le maximum des points. On reste pantois devant cette unanimité. Parce que, voilà, déjà que l’Eurovision met la Turquie en Europe, elle lui permet le plébiscite du symbole. Et le symbole est aux nations ce que le style est à l’homme. Il faut prendre l’Europe de l’Eurovision au sérieux, elle compte 42 pays. L’Europe du football, elle, compte 53 pays ou espèces de nations. Cette Europe du football est celle de l’UEFA, qui, en son temps, avait déjà choisi d’anticiper les changements politiques à l’Est, de sorte que l’on pouvait presque voir se déconstruire le rideau de fer et l’empire soviétique au fil des compétitions. La Turquie en fait partie depuis belle lurette. Pour le football aussi, la Turquie est en Europe. Pour l’UEFA, l’Europe compte beaucoup d’Asie. Ainsi trouve-t-on dans les coulisses de l’Europe, d’autres Europe qui ne font peur à personne. Comme on dit aujourd’hui : ça fait bouger les lignes. Le sociologue Edgar Morin le disait déjà : « L’Europe est une notion incertaine, naissant du tohu-bohu, aux frontières vagues, à géométrie variable, subissant des glissements, des ruptures, des métamorphoses ». On ne sait pas si en écrivant cela, il pensait à l’Eurovision. Mais, pour le coup, Edgar Morin, twelve points.