Lautresite, le jour, les billets du mois d'avril 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Lien vers le site de la RTBF, pour écouter la chronique du jour.



Ce poète, c’est René Char. Il disait aussi : « Pour qu’un héritage soit réellement grand, il faut que la main du défunt ne se voie pas ». Les mains de Geremek et de Mazowiecki sont toujours vivantes, peut-être qu’elles se voient trop et que personne n’ose les saisir ? Qu’elles sont difficiles à prendre, les mains des hommes qui ont pétri l’histoire et qui l’ont empoignée. Mazowiecki et Geremek ont tous deux connu les prisons de la Pologne de Jaruzelski. Ils ne laisseront d’autre héritage que ce devoir de désobéissance auquel nul n’est astreint. Car de quoi peut-on être dissident aujourd’hui, quand nous acceptons un peu plus tous les jours les choses qui nous révoltaient hier ? Et nous qui n’avons pas connu la prison, l’aurions-nous signée, cette loi de lustration ? Nous qui nous habituons à tout et qui nous accoutumons du reste ? Regardez, par exemple, ce restaurateur condamné récemment par une cour gantoise pour avoir accompagné le licenciement d’un employé d’un C4, on va dire désobligeant. Hé bien, on connaît désormais le coût de la scélératesse haineuse et de la brutalité glacée. C’est tellement habituel aujourd’hui que les prix baissent. Le premier C4 ne vous coûtera que 500 euros. Qu’est-ce qu’il était marqué sur le C4 ? Il était marqué : « Ne peut s’adapter à notre pays. Il ferait mieux de retourner dans la brousse où les gens se battent entre eux ». Et vous savez ce que je me demande, moi, quand je lis ça ? Je me demande si c’était rempli ou pas de fautes d’orthographe. Parce que voilà, on ne s’étonne plus de rien et la seule chose qui pourrait être vraiment surprenante dans un texte pareil, c’est que l’orthographe, elle, soit correcte.