Lautresite, le jour, les billets du mois d'avril 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Je vous parlais dernièrement de leur dernière trouvaille : couper les allocations de retraite aux anciens combattants des brigades internationales. Il en reste 35. Ils viennent de mettre en accusation le général Jaruzelski pour crimes communistes. Quand on leur demande pourquoi, dix-huit ans après la chute du mur, ils répondent : « A-t-on traité d'inquisiteurs les responsables du procès Eichmann ? ». Ils sont farouchement anticommunistes dans un pays qui ne l’est plus. On dirait une mission divine. Dernièrement, ils ont durci cette loi, celle nommée « loi de lustration », du verbe lustrer, c’est-à-dire examiner, nettoyer, rendre propre, purifier, quoi. Toute personne publique : les ministres, les députés, mais aussi les journalistes, les enseignants, les notaires, les avocats, bref environ 700.000 personnes, doivent répondre à cette question : « Avez vous collaboré secrètement ou sciemment avec les anciens organes de sécurité communistes ? ». Ne pas répondre entraîne le licenciement. C’est ce qui vient d’arriver au député européen libéral Bronislaw Geremek, que son gouvernement veut désormais démissionner. Bronislaw Geremek, autant dire l’histoire ! Geremek, c’est Solidarnosc, c’est l’humanisme, c’est la dissidence, c’est la Pologne debout et l’Europe qui passe. De cette loi, il dit qu’elle engendre une forme de «Ministère de la Vérité » et de « Police de la mémoire». Il n’aura, dit-il, qu’une réponse : « Je refuse ». Geremek dit les mots d’Orwell et les mots de Zola parce qu’il connaît le vocabulaire des gens totalitaires. Et qu’il sait bien qu’il faudra encore une fois libérer la Pologne. Mais cette fois, ce sera de l’anticommunisme. Parce que la Pologne se trouve quelque part, c’est-à-dire en Europe.