Lautresite, le jour, les billets du mois d'avril 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Mais enfin, en regardant David Pujadas et Elise Lucet, je me disais que, décidément, la télévision ne sait pas voir l’histoire quand elle passe. C’est comme le réel : elle ne sait pas quoi en faire. Aussi bien avons-nous assisté une nouvelle fois à la victoire écrasante de l’image contre le verbe. Ces caméras qui cherchaient Sarkozy désespérément coupaient le micro à ceux qui, en studio, auraient voulu débattre. On sentait bien que quelque chose aurait pu se passer sur le plateau mais les impératifs du direct imposaient le conditionnel à la parole publique. C’est là qu’on s’aperçoit que la télévision réagit exactement comme vous le faites avec votre GSM. Si un type qui n’a rien à vous dire vous appelle, il aura de toute façon la priorité sur la conversation passionnante que vous aviez entamée avec un être de chair et d’os, là, juste en face de vous. Aussi bien, attendez-vous, frustré, le moment de gloire de l’émission : la lecture à la tribune par les deux finalistes d’un texte qui ne supposera pas de questions. Là il y a des mots, là il y a du verbe, mais vous n’êtes pas dupe : ce texte est juste une image. Et cette image est une photo : celle de l’IRM des candidats que l’on va passer son temps à interpréter. Celui-ci n’a-t-il pas été trop habile ? Celle-là trop hésitante ? Alors, de guerre lasse, vous décidez-vous enfin à accomplir ce geste salvateur : éteindre votre téléviseur. Et là, alors que la nuit est à peine noire et que vous pensiez avoir gagné sur l’agitation du monde, vous vous apercevez que le vrai battu de ces élections, c’est vous.