Lautresite, le jour, les billets de mars 2007
   


 
 
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En foi de quoi, les policiers allemands, ce n’est pas se démener pour renvoyer Michel qu’ils devraient faire, mais se battre pour le garder. La semaine dernière, Sophie, je vous parlais de ce rapport de la Banque Mondiale qui constatait que la fortune des 4 milliards de pauvres de cette planète se montait à 3.700 milliards d’euros et qu’il s’agissait là, disait-elle, d’un marché à ne plus négliger. Un marché à ne plus négliger, une très belle opportunité de clientèle, ce seront peut-être bien les banquiers, après tout, qui apporteront aux politiques les arguments sonnants et trébuchants qui leur feront revoir leur copie, maintenant qu’ils savent que les sans papiers ne sont pas nécessairement sans argent. C’est d’ailleurs ce que disait aussi l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dans un de ses derniers discours : que l’aide au développement de tous les pays de la planète réunis ne pouvait pas concurrencer l’argent que renvoyaient les migrants dans leur pays d’origine. Et les banques espagnoles faisaient quant elles remarquer que sans la présence des migrants, légaux ou non, la croissance du pays aurait diminué de trois points. Si l’on comprend bien, donc, un sans papier qui arrive sur notre territoire fabrique de la richesse non seulement pour son pays d’accueil mais aussi pour son pays d’origine. Si c’est le cas, et c’est le cas, il faut proposer les sans papiers du monde entier au Prix Nobel d’économie. Je vous assure que ça se tient. C’est dommage, mais avant-hier, nous avons perdu 100 personnes au large du Yémen, des clandestins jetés à la mer par leur passeur et noyés avant les plages. Parce que nous avons négligé ce marché, nous voilà avec cent clients potentiels en moins. Cent Somaliens qui n’auront jamais de prix Nobel. Et pas de nom sur leur tombe, non plus, d’ailleurs.