Lautresite, le jour, les billets de mars 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Avec Géoroute, comme dit un facteur, c’est comme si vous travailliez avec une pointeuse dans votre poche. Moi, Géoroute, ça m’a toujours fait plutôt penser à Jacques Tati dans Jour de Fête, quand il fait sa tournée à l’américaine, si vous voyez ce que je veux dire. Quand Tati — il est facteur dans le film et il vient de voir un documentaire sur la poste dans le nouveau monde — se met à faire sa tournée comme s’il pédalait derrière la modernité, à toute allure, jetant son courrier ici et là, déboulant chez les gens comme un sauvage, marmonnant entre ses dents son célèbre « américain, américain » et essayant de battre son propre record de tournée. Géoroute n’est pas américain, il est canadien et depuis que les Canadiens ont pris les mensurations de ma rue et de mon quartier, mon courrier arrive plus tard. Lorsque j’avais écrit à la Poste — si si, ça se fait d’écrire à la Poste — pour m’inquiéter de l’heure tardive de l’arrivée du courrier et aussi de l’air tendu de ma factrice que je voyais courir de porte en porte, on m’avait répondu que, sans doute, je ne discernais pas exactement les avantages de cette nouvelle situation mais que je ne devais pas m’en faire, c’était pour mon bien. Pareil pour la raréfaction de boîtes aux lettres dans le quartier, c’était aussi pour mon bien. Si je leur demande, je suppose que le stress des facteurs qui augmente et les emplois des postiers qui diminuent, ce sera aussi pour mon bien. Ceci posé, je le dis pour qui de droit, j’ai envoyé en France un petit colis il y a douze jours. On m’avait promis, quoi, quatre à six jours, maximum. Il n’est toujours pas arrivé. Je suppose que ça aussi c’est pour mon bien.